Après la crise économique de 1929, le Forum de Montréal connaît plusieurs problèmes de rentabilité. Le hockey perd beaucoup d'intérêt. À peine 1000 spectateurs se présentent à certains matchs des Maroons et des Canadiens. Pendant ce temps, l'engouement pour la lutte ne cesse de croître. La jeune sensation du ring, Yvon Robert, attire déjà 8000 spectateurs à l'aréna Mont-Royal en 1933. En juillet 1936, il remplit le Forum. Plus de 10 000 spectateurs assistent au combat de championnat du monde entre l'Américain Dan O'Mahoney et Yvon Robert.
Le chroniqueur sportif Jean Dion rappelle l'importance de cet athlète dans l'histoire sportive du Québec. Né le 8 octobre 1914 à Verdun, dans le sud-ouest de Montréal, Yvon Robert est doté d'une force exceptionnelle et d'une stature imposante. Il entame sa mise en forme dès son adolescence. En 1931, son entraîneur, John Masson, remarque l'étoffe de champion de Robert. Il lui recommande d'aller s'entraîner au camp d'Émile Maupas, un ancien champion de lutte gréco-romaine, à Val-Morin dans les Laurentides. Le jeune lutteur y suit un rigoureux entraînement pendant dix mois. Robert rencontre par la suite le promoteur de lutte Lucien Riopel qui lui offre, à 17 ans, de livrer son premier combat professionnel le 9 avril 1932, à l'aréna Mont-Royal. Dès lors, le lutteur connaît une ascension fulgurante, comme l'explique l'auteur Pierre Berthelet dans la biographie Yvon Robert, le lion du Canada français. Le plus grand lutteur du Québec. Il se gagne une réputation en Nouvelle-Angleterre, où il rencontre son futur gérant Eddy Quinn et Paul Bowser, le promoteur de l'AWA. Après quatre tentatives infructueuses de remporter le championnat du monde contre l'Américain d'origine irlandaise Dan O'Mahoney, Yvon Robert obtient une autre chance lors d'un combat qui se déroule au Forum de Montréal, le 16 juillet 1936.
Le soir du combat, l'enthousiasme de la foule déborde devant la possibilité de voir un des leurs remporter le titre mondial. À cette époque, un lutteur doit gagner deux manches sur trois pour remporter un combat. Robert, lutteur plus technique, réussit à provoquer à l'aide d'une clé de bras l'abandon de son adversaire en première manche. Plus imposant physiquement, O'Mahoney fait perdre conscience à Robert au deuxième round. Alors que Robert tente de récupérer dans le vestiaire, des rumeurs d'abandon circulent à l'entracte. Mais, comme dans un scénario digne d'Hollywood, le lion sort de sa cage pour entamer l'ultime manche, à la joie des 10 000 spectateurs. Robert rive le quasi invincible Dan O'Mahoney au tapis grâce à un saut chassé à la hauteur du plexus. Robert remporte son premier championnat du monde devant une foule hystérique. À 21 ans, il devient la nouvelle idole des Canadiens français, bien avant l'arrivée de Maurice Richard. Cette victoire marque le début du premier âge d'or de la lutte au Québec, qui va durer jusqu'au commencement des années 1960. Durant cette période, les amphithéâtres se remplissent, et l'arrivée de la télévision contribue à populariser davantage ce sport. Le lutteur à la personnalité charismatique remportera ainsi 16 titres mondiaux de l'AWA au cours d'une carrière parsemée d'absences temporaires, de retraites anticipées, puis de retours calculés à la compétition, pour chaque fois mieux relancer l'intérêt des spectateurs.
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